Bon, bah, faut commencer. Le seul problème c'est que les idées se mélangent dans la tête, le passé et le présent se confondent. Par où commencer ? Bah voilà, je viens d'une petite ville de province. Tout s'y passe sans que le temps soit en continu. Fêtes de village à la con suivies de kermesses débiles.
C'est simple, les samedis du mois d'août étant faits de nuits emplies de boum-boum. Tous les gosses de fermiers et du coin se retrouvent dans un vacarme de boîte de nuit accompagné de pompes à bière régurgitant leur liqueur étourdissante. En gros, mon adolescence a été passée à éviter ce genre de regroupement de gens s'emmerdant à crever. Mon seul but à cette époque était de trouver de l'argent pour m'acheter une p’tit’ mob’ qui m’aurait permis de sortir du cloaque familial.
C'est vrai que – bon - dans ma famille, il n’y avait pas le choix : j'étais entouré de grands frères fachos et stupides, d'une marie-couche-toi-là comme sœur, d'une mère maniaco-dépressive et d'un père alcoolo.
En soi, j'ai grandi dans une petite fermette à dix kilomètres de toute ville, y'avait pas grand’ chose à faire à part se promener, bricoler ou autre. La ville où j'ai étais scolarisé était flanquée de petites rues pavées remplies de bistrots, remplis de poivrots prêts à refaire le monde dans leurs verres, et de petites supérettes où se côtoyaient toutes les vieilles mégères de l'endroit... Je me rappelle encore des dimanches après-midi, CHEZ TOM, avec toute la famille. Ca finissait toujours en disputes familiales assez grotesques, etc.
A mon adolescence, vu l'ambiance du cercle familial, mes parents et moi avons décidé de me mettre en internat la semaine. Ca me stressait, on racontait plein de trucs qui se passaient dans ces endroits, ça fout les chocottes. Fin bon, ça devait quand même être mieux qu'à la baraque. Sur ce fait, mon dimanche fut très occupé. Je m'affairais à préparer mon sac de fringues et de cours pour ma première semaine d'internat (une p’tit’ boulette de shit planquée dans une chaussette, on sait jamais). J'ai quand même pris le temps de me regarder un p’tit Stargate dans ma chambre avant de partir. Avec un bon pétard… ça m'a bien aidé à décompresser. Et puis que j'allais certainement me prendre la tête avec ma mère sur la route ; bah, le joint était nécessaire. Un petit Mettalica pour me mettre en forme, un sec de whisky et le cul du joint, je suis bon pour y aller, et de toute façon il est l'heure du départ. Et, franchement, j'étais peut-être stressé, mais content de partir de ce trou. Y a une putain de raison à ça, mon frère avait invité toute une bande de potes à lui. Tous des jeunes gars de la vingtaine, abrutis, alcoolos, même pas ivrognes et, de surcroît, néo-nazis. Pour vous dire, la semaine rêvée à la baraque.
Je parle, je parle, me plonge dans mes pensées mais suis déjà dans la voiture, sur la route de ma nouvelle vie. Et comme j'avais dit, ma mère me prend la tête.
Elle est encore dans son trip « tu m'aimes pas ». Genre, comme je l'aime pas c'est ma mère, mais bon elle est relou, toujours en déprime et malheureuse. En soi, galère de vivre avec elle, car elle vous plonge dans sa déprime. Le dialogue était du genre : « Kev, j'ai besoin de toi à la maison, tu sais bien avec ta sœur qui découche tous les soirs, ton frère et ses nuits chez les flics deux à trois soirs par semaine et ton père qui n'arrête pas de picoler et se plaindre. J'en peux plus, tu es mon seul rayon de soleil dans cette famille. Une fois qu'elle m'a dit ça, je me suis énervé. C'est vrai quoi, j'ai 17 ans aussi. J'aimerais bien faire autre choses de ma vie que de m'occuper de ces cas sociaux qui composent ma famille. Puis, on avait décidé ensemble que ce serait mieux pour mon épanouissement que j'aille à l'internat. De toute manière, je m'en fous ! ça me fera des vacances la semaine. Mais je suis quand même stressé à mort le pétard m'a fait du bien, bon, relaxant. Fin la dispute a coupé court au moment où ma mère s'est rendue compte que j'avais raison. Et elle m'a souhaité la bonne semaine en me déposant en bas de la rue de l'internat. Petit coup de stress, petit joint preparé qui tombe à pic.
Voilà, ma nouvelle vie commence, je me retrouve entouré d'une centaine de types de mon âge – ‘fin, en tout cas ma génération - qui ont l'air de se connaître, mais moi je ne les connais pas. Faudra que je me noue de nouveaux contacts. Je déteste ça.
Vu que je connais personne, je m'intéresse au lieu de vie. Le bâtiment a l'air assez classe, vu de l'extérieur. Il est flanqué entre de vieilles bâtisses datant certainement du 17ème, dans une rue flanquée d'un fleuve à son bord.
Dés qu'on rentre, on se retrouve dans le réfectoire, constitué d'une déco moderne (fin on a essayé en tout cas) mais bon très colorée, ça peut être cool.
D'après ce que j'ai capté, l'internat est divisé en trois sections par tranches d'âge. Moi, vu que je suis dans les plus vieux, j'ai le droit d'aller dans celles avec les chambres individuelles : bien cool ça. Les deux autres sections se trouvent dans une aile du bâtiment qu'on surnomme les cages, par rapport à l'architecture. Ce sont d'espèces de petites plates-formes composées chacune de trois à quatre lits. J'arrive dans mon aile du bâtiment. Ca se compose de longs couloirs tapissés en une espèce de bleu délavé, flanqué d'une chiée de portes qui mènent aux chambres, je suppose. On dirait un couloir de prison en plus propre ! lol. L'éducateur m'amène devant ma « cellule » (par après, ça a toujours été le nom de ma chambre).
Et ben voilà, me retrouve dans ma chambre pour ma nouvelle vie. Elle est pas fort grande, plus ou moins 5 m². Y a un espèce de petit muret, qui sépare le coin où il y a le lavabo de celui avec le lit et le bureau. Ouais, un vieux lit une personne que je crois qu'ils ont dû trouver dans un vieux monastère et un bureau défraîchi de chez Ikéa. Va falloir que je décore tout ça à mon image. Galère galère… encore heureux que j'ai pensé à prendre mes vieux magazines ! Au moins je sais à quoi je vais passer ma première soirée à l'internat, fin, si personne vient me déranger bien sûr.
Bah je m'affairais à mettre des affiches sur les murs de ma chambre quand un zot a toqué à ma porte. En ouvrant la porte, je suis resté de marbre. Bah oui, le choc, je crois que j'étais face à la folasse de l 'internat. Il m'a demandé s’il pouvait entrer dans ma chambre, je l'y ai autorisé et il a commencé à m'expliquer le fonctionnement de l'internat.
Du genre y a les anciens, ceux-la faut les respecter parce que c'est les plus vieux ici dedans, quelques principes de base du genre jamais balance (ça va de soi), etc. Il a bien tenté de savoir si j'étais de son bord mais il a pas eu de réponse satisfaisante, c'était pas vraiment l'endroit pour faire son coming out.
Et c'est parti, comme il a pas eu ce qu'il voulait et gentleman comme il est, il m'a fait visiter l'étage où j'étais, en me présentant quelques personnes, dont l'éducateur. J'appris même qu'on pouvait fumer des clopes dans la chambre de l'éduc. Et ce que j'ai remarqué avec le temps, c'est qu'il autorisait ça, comme ça on faisait semblant de l'écouter quand il nous parlait d'anecdotes sur sa vie, barbant.
Un peu plus tard dans la soirée, en me baladant dans les couloirs ,j'ai repéré une odeur de cannabis assez vif. En pensant bien faire, j'ai toqué à la porte de la chambre d'où venait l'odeur pour prévenir les fumeurs que l'odeur envahissait les couloirs. Cinq minutes plus tard, j'entendis crier quelqu'un après moi, « nouveau, viens entendre ». Lol, mon nouveau surnom. Et je me suis mis a fumer des joints avec tout ce groupe de gais lurons. Bonne première soirée en soi.
Ce qui était cool avec l'internat c'est que mes années d'étude sont devenues beaucoup plus agréables d'un coup. En réalité la décision que ma mère et moi avions prise n’était pas si mauvaise. Ca m'a permis de m'émancipé de mes problèmes familiaux et d'enfin me construire sans la grande influence du poids de la tradition familiale.
Après quelques semaines à l'internat, j'avais pris une habitude en rentrant à la demeure de mon enfance. Sur le trajet de l'arrêt de bus à la maison, j'avais coutume de me rouler un petit bédo pour arriver défoncé chez mes vieux. Ceci m’a permis d'éviter pas mal de disputes avec mes parents. Bah oui, en soi j'étais tellement amorphe à cause de la défonce que rien ne me faisait réagir. Si j'avais vraiment étais attentif à passer le moins de temps scolarisé et avoir le plus gros diplôme lors de mon adolescence, bah en soi je n'aurais pas eu l'idée de passer ma première année d'internat à faire la fête, dans tous les sens du terme (euh… je ne rentrerais pas dans les détails ,laissez-moi mon jardin secret). Bah ça a eu comme résultat un examen de néerlandais ou je me suis efforcé avec une grande imagination à réinventer le vocabulaire de nos amis flamands. J'avoue que la prof de néerlandais n’a pas du tout apprécié, elle la plus pris comme une insulte à sa manière d'enseigner. Mais bon, ça a prouvé que j'étais rempli d'une imagination débordante.
Bah il ne me restait plus qu’à recommencer la même chose… Carrément impossible!
Donc j'ai changé de domaine, suis arrivé dans la filière des études techniques, un monde rempli de mecs, les futurs métallos, ouvriers, plombiers,… poseurs de calendriers érotiques annuels. Ca m'intriquait, maintenant, j'en baverais. À l’époque je m'en rendais même pas compte. Ouais, vais pas aborder le sujet comme ça direct - ça pourrait en choquer certains - donc je continue mon récit.
Bah c’était bien cool en tout cas comme étude. On passait du théorique à la pratique. Au moins, on restait pas assis derrière un bureau à écouter le prof déblatérer son cours écrit depuis 15 ans.